
Pendant des décennies, le western a régné sur le cinéma mondial. Il fut l’un des genres fondateurs d’Hollywood, un miroir de l’Amérique et une fabrique de légendes. Puis vint le déclin. À la fin des années 1970, après l’âge d’or du western classique et l’explosion du western spaghetti, beaucoup pensent que le genre appartient définitivement au passé.
Les chevaux ont quitté les grands écrans. Les saloons ferment. Les cowboys deviennent des souvenirs.
Pourtant, le western ne meurt jamais.
Depuis les années 1980, il s’est lentement transformé. Plus rare, plus sombre, plus adulte, parfois hybride, souvent audacieux, il est revenu sous une autre forme : celle du nouveau western.
Ce renouveau ne consiste pas à répéter les codes anciens, mais à les réinventer. Le héros n’est plus invincible, la frontière n’est plus glorieuse, la violence n’a plus rien d’héroïque. Le mythe subsiste, mais il se fissure.
Ⓒ Westernstory.org — Illustration originale.
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Le western classique reposait sur des lignes claires :
Des réalisateurs comme John Ford ou Howard Hawks ont donné au genre ses lettres de noblesse. Monument Valley, les chevauchées héroïques, les figures droites et les récits fondateurs composent alors une mythologie puissante.
Mais cette vision finit par s’user.
Dans les années 1960, le western spaghetti italien vient dynamiter les certitudes. Sergio Leone, Sergio Corbucci ou Sergio Sollima introduisent :
Le western moderne naîtra de cette double filiation : l’ampleur mythique du western américain et la lucidité brutale du western spaghetti.
En 1985, Silverado de Lawrence Kasdan agit comme un signal.
Le film ne cherche pas à déconstruire le genre. Il veut d’abord lui rendre son énergie. On y retrouve :
Mais quelque chose a changé. Les personnages sont plus ironiques, plus ambigus, moins naïfs. La violence est plus sèche. Le ton alterne entre hommage classique et modernité.
Silverado devient ainsi une passerelle entre l’ancien monde et le nouveau western.
Ⓒ Westernstory.org — Illustration originale.
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Si Silverado rouvre la porte, Unforgiven (1992) de Clint Eastwood en change la serrure.
Ici, le cowboy n’est plus une légende triomphante. William Munny est un ancien tueur fatigué, rongé par la culpabilité. Il revient à la violence non par gloire, mais par nécessité.
Le film détruit plusieurs illusions :
Unforgiven devient l’un des piliers du nouveau western : un cinéma qui regarde le mythe avec lucidité.
Le nouveau western s’intéresse moins à la conquête de territoires qu’aux blessures intérieures.
Dans The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford (2007), le mythe devient obsession. La célébrité, la jalousie et la fragilité psychologique remplacent l’aventure classique.
Dans 3:10 to Yuma (2007), la frontière morale entre bandit et homme honnête devient floue. Le hors-la-loi fascine parfois davantage que le héros.
Dans Hostiles (2017), la guerre intérieure des personnages compte autant que les dangers du voyage.
Le western moderne explore les consciences autant que les plaines.
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Les grands espaces restent essentiels, mais ils ne représentent plus la promesse d’un avenir radieux.
Ils deviennent :
Dans The Revenant (2015), la nature est presque un ennemi absolu. Dans No Country for Old Men (2007), le désert devient un vide moral.
Le paysage n’est plus décoratif. Il juge les hommes.
Même lorsque les films sont américains, l’influence italienne reste immense.
On la retrouve dans :
Django Unchained (2012) en est l’exemple le plus évident. Quentin Tarantino y revendique directement l’héritage de Sergio Corbucci et Sergio Leone.
The Hateful Eight (2015) reprend également la tension lente, les regards menaçants et la musique d’Ennio Morricone.
Le western moderne parle souvent américain, mais pense parfois italien.
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Le nouveau western n’a plus de frontière.
Europe
Australie
Le western devient un langage mondial. Il peut raconter la colonisation, la vengeance, l’injustice sociale ou la survie, quel que soit le pays.
Avec le thriller
Avec l’horreur
Avec la comédie
Avec la série télévisée
Le western n’est plus enfermé dans ses formes traditionnelles.
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Le héros du nouveau western n’est plus le cavalier conquérant des années 1950.
C’est souvent :
Le mythe s’humanise.
Parce qu’il traite de conflits éternels :
Ces thèmes parlent à toutes les générations.
Le décor change, les vêtements aussi, mais les tensions demeurent.
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Le western continuera probablement sous plusieurs formes :
Le genre ne redeviendra peut-être jamais dominant comme autrefois. Mais il n’en a plus besoin.
Sa rareté fait désormais sa force.
Le nouveau western n’est pas une copie du passé. C’est un héritier lucide.
Il conserve :
Mais il y ajoute :
Depuis Silverado, Unforgiven, True Grit, The Salvation ou Yellowstone, le western a prouvé qu’il pouvait muter sans se trahir. Le western n’est plus partout. Mais il revient toujours.
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